Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 16:16

 

 

 

Tes papiers !


Un jour que la beauté se promenait comme ça toute tranquille dans les rues de l’existence, un homme l’arrêta :

 

-        eh, toi !

-        moi ?

-        oui, toi !

-        quoi ? moi ?

-        viens ici !

-         où ça ?

-         là !

-         ok.

-         tes papiers !

-         quoi ?

-         tes papiers, j’ai dis !

-         mes papiers?

-         je veux voir tes papiers!

-         tu veux voir mes papiers ?

-         oui !

-         heu c'est-à-dire que … ils sont chez moi…

-         ah bon?

-         oui… mais ... quand j’y pense j’ai pas très envie de te les montrer moi, mes papiers…c’est             perso, ça, les papiers !!

-         t’es obligée !

-         d’accord mais faudra patienter le temps que j’aille les chercher à la maison.

-         je t'attends, tache de revenir...

 

La beauté s’en alla et revint toute essoufflée poussant une grosse brouette pleine de feuilles mortes.

 

-         tiens, voilà, c’est tout ce que j’avais chez moi, je t’ai amené tout ce que j’ai trouvé!

-        quoi ? C’est ça, tes papiers ?  Tu te fous de ma gueule ?

-         non… pourquoi ?

-         je t’ai demandé tes papiers !

-         bah les voilà !

-         non, je veux voir tes papiers d’identité !

-         qu’est ce que c’est que ça ?

-         c’est des papiers sur lesquels il y a écris ton nom.

-         ah bon, mon nom, sur un papier ? Mais pourquoi faire ?

-        les papiers d’identité, c’est pour vérifier si c’est bien toi qui es là et pas un autre        à ta             place, tu comprends ?

-        pour savoir si c’est bien moi ? Si c’est bien moi et pas quelqu’un d’autre ?  bah oui,                      c’est bien moi, tu vois bien que c’est bien moi ! Comment je pourrai être   quelqu’un d’autre           puisque je suis moi !

-         si ça continue je vais t’épingler !

-         m’épingler ? Mais pourquoi m’épingler ?

-         parce que c’est la loi !

-         la loi de quoi ?

-         d’ici !

-         tu veux dire d’ici ?

-         oui, la loi d’ici !

-         ici, dans la forêt ? écoute, sans vouloir te contrarier je crois savoir que la forêt procède                autrement pour faire siéger les lois dans l’essence du vivant…

-         ah bon ?

-         oui !

-         et comment ?

-         tout à commencé un jour avec les champignons…

-         les champignons ?

-         oui ! D’ailleurs si tu veux, viens, je t’invite à manger une petite omelette aux                           champignons faite maison… je te raconterai tout ça... tu m'en diras des nouvelles !

-         tu ferais ça ?

-         quoi ?

-        une petite omelette aux champignons faite maison tout en me racontant des                  histoires pour que je t’en dise des nouvelles ?

-         oui…

-         vraiment ?

-         bien sur, pourquoi ?

-         je ne sais pas… personne ne m’a jamais invité à manger de petite omelette aux                 champignons faite maison en me racontant des histoires pour que j’en dise des              nouvelles…

-         ah bon, comme c’est triste…

 

            Puis elle l’épingla... un peu, beaucoup, passionément ! Parce que les champignons ça peut permettre d’épingler les aveugles et qu'il arrive que ça se passe comme ça entre les êtres …

 

 

 

Comme c’est étrange, comme vous êtes étrange

 

 

-         comme c’est étrange, comme vous êtes étrange… vous êtes aussi étrange que l’hiver…

-         pourquoi l’hiver ?

-         parce qu’il déshabille tout…

-         moi je déshabille…

-         un peu…

-         mais l’hiver est froid…

-         vous aussi…

-         je n’ai pas fais exprès…

-         non, ce n’est rien…

-         je n’avais qu’à pas passer par là…

-         moi non plus…

-         mais vous me donnez envie d’aimer l’hiver…

-         ah bon…

-         oui c’est à cause de la musique qu’il y a en vous…

-         je n’ai pas choisi d’avoir cette musique dans la peau…

-         mais cela vous rend si belle…

-         vous trouvez ?

-         vous êtes si blanche…

-         c’est que je ne respire plus depuis des années…

 

      Alors il s’effondra car la mort le laissa sur le cul. 

 

 

Les exigences du texte :

 

-         Voici le dialogue que j'ai écris pour la pièce :

elle lit :

Eh ! quoi ? tu voudrais pas m’aimer ? quoi, là, tout de suite, maintenant ? bah oui, quoi ! oh non !! pas du tout ! pourquoi ? j’sais pas moi, j’ai pas envie ! alors ça ne te fais rien ? de quoi ? de m’attrister autant ?

-         Stop !

-         Quoi ?

-        On n’a jamais dit que le texte allait parler d’amourette comme ça n’importe comment et à l’emporte   pièce !! ça devient n’importe quoi !

-         Alors de quoi parle le texte déjà ? 

-        On est là pour écrire une pièce qui retrace le commencement du monde ! c'est le but du stage !

-         Ah oui ! C’est vrai ! 

-         Alors tu déconnes pas avec le début du monde, ok ?

-        ok ! ok ! Mais le début du monde on n’y comprend rien !

-        T'y comprend rien peut être mais ce n’est pas la peine de réduire les exigences du texte à peau de            chagrin, ok ?

-        Ok, ok… très bien, revenons aux exigences du texte… 

-       Oui ! Revenons à nos moutons, sérieusement, essaye de te concentrer et écris moi ce que tu sais du début du monde ! 

-        d'accord... ( silence ) Ah ! ça y est ! Je sais ! (Elle écrit puis lit son texte) : Le début du monde a comencé avec Adam et Eve !  Au commencement était Eve et Eve était gourmande comme c’est pas permis parce que si on le lui avait permis je vous laisse imaginer les emmerdes avec Adam qu’était pas  toujours très éveillé du kiki… Au commencement Eve gouta la pomme d’Adam qu’elle trouva   moyennement gouteuse mais elle ne se découragea pas. Adam, le propriétaire de la pomme était,   quant à lui, bien trop timide pour être honnête mais on le lui pardonne, c’est le commencement du monde qui voulut ça. Un jour qu’Adam se promenait tout tranquillement tout nu sans faire de mal à personne  puisqu’il n’y avait personne, Eve l’attrapa par la grappe et lui dit : Eh, Adam, t’as déjà vu la pleine lune ? non je l’ai jamais vu moi la pleine lune! qu'il lui répond, tu veux  la voir ? oh oui alors ! File moi   tes ornements de famille et je te la montrerai ! C'est vrai? Tu ferais  ça ? Oui ! Mais d'abord   allons becter quelques goldens, j'ai trop la dalle! Il fut d’accord. C’est ainsi qu’Adam su ce que c’était que d’avoir l’aube dressée dans la culotte et qu’Eve recueilli le 14 juillet dans sa bête  à bon dieu.

-         et alors ?!! Qu’est ce que c’est que ces conneries ?! C’est ça le début du monde ?! Tu te fous de ma   gueule ?

-         non !

-         non quoi  ?

-         non je ne me fous pas de ta gueule je t’assure, je l’ai lu ! 

-         tu me le jures ?

-         oui !

-         mon cul oui ! tu me prends pour un demeuré ?

-         qu’est-ce que c’est que ça, un demeuré ?

-         te fous pas de moi !

Puis ce fut la fin du texte et cele du stage...

Et malgré le péché et les exigences du texte, ils se revirent pour aller s’aimer un peu, beaucoup, etc..; c’est la vie, la pleine lune et la continuité du commencement du monde qui voulurent ça !

 

 

 

 
Par Marie-Luce Liberge
Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 15:49

 

 

           

L’enfant de sable, de Tahar Ben Jelloun fut publié en 1985. Dessiné dans les contours d’un large fleuve narratif  que différents conteurs esquissent tour à tour, l'enfant de sable est une fresque familiale qui retrace l’histoire d’une jeune femme née dans un quartier de Marrakech au Maroc.


 L’enfant de sable  est également un labyrinthe construit pierre à pierre dans l’esprit de son personnage principal, une petite fille que son père décide de faire passer pour un "enfant mâle". C’est dans ce contexte que Zahra sera nommée Ahmed.  

Elle sera ensuite éduquée  en garçon, se comportera en garçon, se vêtira en garçon, et c’est en tant qu’homme qu’elle se mariera...

C’est alors sous la pression paternelle dont la famille est complice que l’enfant de sable tentera de tracer les lignes meurtries de sa personnalité. 

 

C’est alors  avec une angoisse profonde que nous plongeons dans son histoire, que nous voyons s’esquisser son inconcevable destin, sa vie emmurée dans le carcan de l’autorité familiale et de la bêtise humaine.

            Le texte de Ben Jelloun fait jaillir les mots d'un combat : celui d’une identité en brouillon permanent, en cheminement, en situation de tentative inlassable. Mais qui mène ce combat ? A qui appartient-il ? Est-ce celui d'Ahmed ? Celui  de Zahra ? Peu importe parce que  pour le personnage l'essentiel est de ne pas renoncer à exister. Car Ahmed, car Zahra est doté(e) d'une formidable envie de vivre et finit par devenir l’un et l’autre, l’un par l’autre, l’un envers et contre l’autre...

 

             Elle comprend très vite qu'elle ne peut rien contre le poids de la tradition familiale, contre celui de la communauté et contre la folie du scénario écrite par un père narcissique et tyrannique... Sa seule possibilité est d'en accepter la fatalité, de considérer ce mensonge comme un état de fait au même titre qu'un handicap physique... Et c’est ce qu’elle fera, à un point tel que sa survie en deviendra maladive.


Ahmed, Zahra, essaie donc de se construire en dépit des barricades qui sont la condition d’elle-même, dans une quête folle.  Aux confins des souffrances psychologiques les plus abominables, Zahra tente d'inventer qui elle est, Ahmed se réfugie dans une introspection effroyable, elle négocie en permanence quelques bouffées d'existence au sein du scénario qui fait sa vie.

 

Ahmed, Zahra, enfin disons l’âme qui se cache derrière ces prénoms à valeurs de sentence, puise sa survie à travers des mots qu'elle enferme dans un cahier... Ils lui permettent de regarder à la fenêtre du monde et d’elle-même.

 

Ce roman, inspirée d'une histoire vraie, installe en gradation une oppression sans borne digne d'une tragédie, une tragédie, où les dieux se font tradition, où le lieu du tragique se fait prénom,  où la clameur se fait silence, où la catharsis vient s’allonger en secret dans les pages torturées du héros qui n’en n’est plus un.

 

Ce texte, tout en peignant le décor cauchemardesque d’une histoire singulière, créé les conditions d’un malaise psychologique qui donne la nausée et mène ainsi, par un long détour, à une fine réflexion sur la pensée de la structure familiale et ses dérives possibles ; brossant des personnages à valeur d’archétype, il exhorte également au respect inconditionnel de la vie humaine.

 

 

Les passages relatifs à la souffrance d'Ahmed semblent installer comme une musique cacophonique et hurlante, et c’est comme si le texte n’était fait que de cela : de bruits, de grincements, de stridences à bout de souffle qui, sans crier gare, viennent soudainement s’entre choquer à notre imaginaire…

 


 

Traversé de tensions perdus dans la nuit des mots, ce conte romancé porté de voix en voix comporte en sous texte l'idée que l'amour est la sève inconditionnellement nécessaire à toute construction identitaire.

 

 

Par Marie-Luce Liberge
Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 10:16
 

 

The Catcher in the Rye de Salinger est un grand classique de la littérature américaine du XX ème siècle.  


Le titre, traduit en français par l'attrape-coeur   - du à un passage du texte dans lequel le personnage s'imagine en haut d'une falaise empêchant des enfants d'y tomber -  trouve une raisonnance  forte dans la personalité qu'incarne le jeune Caufield, personnage principal de l 'histoire.


Excepté quelques nouvelles, The Catcher in the Rye restera l'unique oeuvre de Salinger qui, suite au succès mondial de son oeuvre, ira vivre retiré du monde en plein coeur d'une forêt. Ce choix d'une vie coupée de tout, loin des réalités américaines que l'auteur dépeint dans son texte n 'est pas sans rappeler le désir de Caufield lui même de s'en aller loin des villes et de vivre dans une humble cabane de bois...

 

Mais qui est cet Holden Caufield ?


Holden Caulfield est un adolescent solitaire dont il nous est donné d’entendre les doutes et les tourments. A travers le récit de quelques jours plongé dans les rues de New York, il explore le monde tout autant que son propre monde intérieur et c’est au sein de celui-ci que le lecteur est plongé, non sans émotions…


Expulsé de son école, incompris de ses camarades, de ses parents et des adultes en général, il n’en sait pas moins livrer une analyse brillante et pertinente de la psychologie des personnes qu’il côtoie, mais aussi de la société en général, du monde qui l’entoure et d'une société où il ne se reconnait pas. Le monde dans lequel il baigne fait l’objet de ses critiques sans concession, y transparait sa pureté et son incapacité à tricher avec ce qu’il ressent.


Si Holden Caulfield  est un fin caricaturiste de l’âme humaine, il est aussi fragile et délicat et ne rêve que de liberté.


Errant dans les rues glaciales et parfois malfamées de la ville de New York, se cachant de ses parents quelques jours  parce qu’il n'ose pas leur révéler qu’il est en situation d’échec scolaire, il va rencontrer  la ville  dans sa violence, ses mouvements, ses décors désenchantés, son grouillement, sa répétition.


C’est à travers un personnage en situation de face à face avec lui-même que l’auteur esquisse les traits d’une personnalité extrêmement touchante, pure et à fleur de peau, un personnage avide de sens en prise avec les réalités d’un monde parfois cruel où le jeune garçon en expérimentera le cynisme.


C’est également avec une grande pudeur qu’est exprimé l’une de ses plus vives blessure, la mort de l’un de ses frères dont le souvenir paradoxalment  le hante et le console, lui permet de trouver un refuge mais aussi de plonger dans le plus amère des chagrins.


Holden est également le grand frère protecteur de sa petite sœur Phoebé qu’il trouve étonnement intelligente et à laquelle il  s’accroche pour continuer à croire en la vie.


A  travers le récit d’un quotidien qui pourrait sembler banal, ce roman  révèle donc la psychologie, les tourments et les espoirs d’un adolescent  dont l’œil vif saisit les êtres et les choses dans le mouvement particulier qui les anime.

Il exprime les malaises de l‘adolescence saisit dans les turbulences d’une société qui se veut froide, impersonnelle, conventionnelle et sans vie.

 

A travers ce long monologue qui retrace les introspections de Holden Caufield, et à travers cette voix dont on pourrait presque se figurer le timbre et la gouaille, Salinger offre à saisir les dédales d’une âme  solitaire et presque dégoutée d'avance à l'idée d'avoir à vivre ce qui lui  est proposé: un rôle qui ne serait pas le sien... 

 

Bien que désanchenté face au non sens de l’existence et au vide qui s’en échape, Holden n 'en reste pas moin lumineux et bouleversant.

 

A lire, absolument, si ce n 'est déjà fait !

 

Par Marie-Luce Liberge

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