Partager l'article ! le cri: - ce jour là, j'avais faim à tous les endroits de l'être - c'est à dire ? - c'est à dire que j' ...
- ce jour là, j'avais faim à tous les endroits de l'être
- c'est à dire ?
- c'est à dire que j'avais envie de gueuler vous voyez ?
- non, je ne vois pas, non...
- c'est à dire que j'avais envie de gueuler mais que je pouvais pas, c'était coincé comme si jétais rouillé, j'y arrivais pas j'vous dis!
- ah...
- oui ! c'était comme si j'avais avalé un truc de travers mais dans l'autre sens...
- ah ...
- oui... je voulais gueuler mais je pouvais pas, vous voyez ? Alors je suis parti en silence avec mon cri dans le ventre, comme si j'arrivais pas à chier mais avec mon âme, vous voyez.?
- peut être...
- donc je suis allée au Musée... La vie est bizarre... Je suis tombé sur un tableau qui s'appelle le Cri, c'est une toile de Münch, vous connaissez?
- oui !
- bah ce mec , il a peint un type qu'arrive à gueuler sans faire de bruit ! vous imaginez ?
- oui ...
- Un mec qui gueule sans gueuler! Faut le faire quand même! Quoi qu'il en soit, j'aurai bien aimé savoir faire comme lui moi putain ! Vous imaginez ça, vous ?
- non ...
- Son cri prenait toute la pièce !!! On aurait dit un ventre qui avalait tout d'un seul coup, un ventre je vous dis !
- un ventre ?
- oui ! Celui de la conscience ! Une conscience slencieuse que personne ne voit mais qui voit tout. Et moi... Moi j'sais pas pourquoi mais j'avais l'impression de l'entendre...
- ah...
- oui j'avais l'impression d'entendre, vous savez quoi ?
- non ...
- qu'il était hors du monde et à la fois dedans... oui dans le monde et ça, avec beaucoup de force... et moi, moi j'vous dis, bah moi j'étais nul part, avec beaucoup de force aussi...
- ah... alors ?
- alors d'un seul coup je me suis senti comme très en colère, disons ma colère était en colère contre ce cri là, celui de Münch, car j'avais le sentiment qu'il m'enlevai plus que les mots de la bouche... il me prenait le mien de cri... comme si j'avais plus le droit d'en avoir ! ça me faisait comme si on m'arrachait les amygdalls comme ça d'un coup d'un seul très brutalement !!!
- et alors ?
- et alors ? Bah moi et mon cri on étaient là vraiment comme deux cons, on voulait plus rien dire moi et mon cri, j'vous dis, on était laissés là sur le bas côté de la route de la vie des cris!
- ah
- oui! Parce que tout le monde s'en foutait bien ! Mon cri à moi en moi avait hurlé et j'avais voulu l'accoucher...l'accoucher je vous dis ! Je l'avais entendu en moi mais là il n'avait pas plus d'importance qu'un pet de lapin... vous imaginez ? un pet de lapin j'vous dis !
- ah
- essayez de crier vous pour voir !
- crier ?
- oui
- la? ? tout de suite, maintenant ?
-oui
- mais pourquoi faire
- allez - y je vous dis ! faites moi confiance !
- vous êtes sur?
- oui ! allez ! je vous attends, allez ! ne soyez pas timide
- ah non moi je fais pas ça, je n'y arriverai pas !
- mais si
- non
- mais si vous y arriverez ! allez- y !
- non je ne peux pas je vous dis !
- si ! moi je vous dis que vous pouvez ! allez je compte sur vous !
- non je vous dis que je n'arriverai pas ! n'insistez pas !
- je ne vous jugerai pas et y a personne, la rue est déserte, allez - y, si ce n'est pour vous, faites le pour moi ! s'il vous plait ! pour l'amour de moi, pour l'amour de l'art, pour l'amour du cri !
- bon, alors entendu, mais c'est vraiment parce que c'est vous! et vous ne le répéterez à personne, hein ?
- mais bien sur, à qui voulez vous que je le dise ?
- mais je n'en sais rien moi !
- de toute façon qui voulez- vous que ça intéresse que vous criez ou pas ...
- oui m'enfin bon on sait jamais !
- bref! je compte jusqu'à trois et vous y allez ok ?
- ok
- c'est parti: 1, 2, 3!
- aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!!!!!!!!!!!!
- mais faut pas gueulez comme ça mon vieux !
- mais vous m'avez marché sur le pied bougre d'abruti
- excusez moi ! je ne m'en suis pas rendu compte !!
- ah ! l a vache ! mon pied ! celui où j'ai mes poireaux; ah !!!!
- désolé mon vieux, vraiment!
- désolé désolé ! voilà ! avec vos conneries !
- je suis navré je vous assure... mais n'empêche que vous avez beaucoup de puissance ... je sens en vous un vrai potentiel de vie !
- ah bon?
- oui !
- vous croyez ?
- j'en suis sure ! ah si j'avais pu gueuler devant ce tableau comme vous j'aurai pu au moins me regarder dans la glace après !
- vous ne vous êtes pas regarder dans la glace depuis ?
- mais si ! c'est une façon de parler !
- alors ensuite... après avoir abandoner votre cri comme un chien sur l'autoroute des cris en laisse, qu'est ce qui s'est passé ?
- je ne l'ai pas abandonné ! vous n'écoutez rien !
- mais si je vous écoute !
- c'est au delà de tout ça !!
- ah bon...
- oui ! En trouvant un cri frère du mien, j'en avais aussi trouvé le meurtrier !
- ah ...
- oui ! alors j'ai repensé à cette fameuse phrase : " si ce n'est toi c'est donc ton frère" , il fallait donc y passer ... Et d'un côté ma conscience me disait : "tu vois il y a un certain plaisir à ce sentir étranger", et de l' autre mon cri lui même me disait : "mais non c'est des conneries, je suis bien légitime"... et d'un seul coup ! j'ai senti les crocs d'un loup !
- Aaaaaaaaaaaaaah ! !!!!!!!!!!!!!!!!
- mais qu'y a t il mon vieux ?
- Mon pied ! Vous me remarchez dessus !
- pardon !
- un loup ?
- oui !
- où ça ?
- laissez moi finir ! j'ai senti les crocs d'un loup vous dis je, venir mordre mon angoisse !
- ah vous m'avez fait peur !
- mais c'est très grave !!! on me dépossédait de moi même !
- mais qui donc ???
- le Cri ! et Jean de la Fontaine !
- vous croyez pas que vous exagérez un tout petit peu là ?
- mais non pas du tout !
- ah bon...
- non j'vous dis ! ce Cri changé en loup avait avalé mes hurlements ! c'est quand même très grave ! c'est comme ça qu'on attrape les cancers!
- ah bon?
- mais oui !et je sentai un truc bizarre , comme si le monde avait perdu ses clés !
- alors là je ne vous suis pas
- c'est pas grave, je vous explique et vous comprendr!ez plus tard !
- vous croyez ?
- j'en suis sur !
- ah !
- et ce jour là j'ai compris une chose !
- laquelle?
- non seulement dans la vie on devait surveiller son langage mais on devait aussi surveiller son cri !
- Ah...
- et c'est là que je me suis dis qu'il était difficile de s'en sortir dans la vie...
- ah bon ?
- vous vous rendez compte mon vieux ? j'avais le cri déculotté, la voix enrouée, le ventre vide et j'pouvais rien faire! Il faisait froid et je ne savais pas où aller ! Enfin voilà, un vrai merdier!
- venez mon vieux, j'vous invite !
- où ça ? au Musée ?
- Ah non ! Pitié ! Pas le Musée !
- pourquoi ?
- parce que... venez ! on va mangez une choucroute !
| Juin 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | ||||||||
| 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | ||||
| 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | ||||
| 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | ||||
| 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | |||||
|
||||||||||